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Vignette podcast AMATEURS - Christine Caron

1964 – Christine Caron – Première française porte-drapeau aux Jeux Olympiques – Natation

Et pour cet épisode, j’ai eu la chance d’échanger avec Christine Caron, nageuse et Vice-championne olympique du 100 m dos aux Jeux olympiques de Tokyo en 1964. Elle est la toute première française à décrocher une médaille en natation et aussi la première femme française à avoir porté le drapeau aux Jeux Olympiques. C’est une vraie pionnière du sport féminin !

Elle nous raconte son parcours de vie, sa relation exceptionnelle avec son entraineur Madame Suzanne Berlioux, sa découverte du monde grâce à la natation, sa popularité auprès des français et sa relation au statut d’amateur. Elle m’a particulièrement touchée par son énergie débordante, sa gouaille et son enthousiasme.

AMATEURS, c’est le podcast qui nous partage la rencontre de l’artiste Baptiste Chebassier avec des médaillés olympiques français pour qu’ils nous racontent leur histoire, celle de leur sport et celle de leur médaille. Il écrit tous les noms des médaillés olympiques depuis 1896 pour contribuer à sa façon aux Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024.

Christine Caron

De toute façon, on était radiés des Jeux Olympiques si on touchait de l’argent. Alors comme ça, j’étais réglé. Ah ouais, c’était le truc Coubertin à fond les ballons, là. Donc l’important, c’était de participer, et Coubertin, il a quand même dit que les femmes étaient bien à la maison, à la cuisine. Voilà. Alors moi, j’ai prouvé qu’on n’était pas bien qu’à la cuisine, et c’est tout. 

Baptiste Chebassier 

Bonjour à toutes et à tous, je suis Baptiste Chebassier et j’écris à la main les 30 249 noms des médaillés olympiques depuis 1896. Cette grande fresque fera une fois terminée 130 mètres de long et je rajouterai pendant les Jeux de Paris 2024 les noms des nouveaux médaillés olympiques. Et pour la première fois, j’ajouterai aussi ceux des médaillés paralympiques, dont la base de données n’existe malheureusement pas. Je souhaite rendre hommage à travers ce projet artistique à tous ces athlètes qui s’engagent et donnent tout ce qu’ils ont pour vivre l’aventure des Jeux. Ils consacrent ce qu’ils ont pour moi de plus précieux, leur temps. J’ai longtemps écrit le nom de personnes décédées, et une fois le nom du premier médaillé encore en vie inscrit, j’ai eu envie de partager ce moment d’écriture avec les vivants. Vous écoutez le podcast *AMATEURS* qui vous partage dans chaque épisode ma discussion avec un médaillé olympique que je rencontre chez lui ou par téléphone pour écrire son nom en sa présence et qui me raconte son histoire, celle de sa médaille et celle de son sport. Je découvre que ces médaillés ont tous un point commun avec vous, auditeurs. L’amour du sport. Ce sont donc comme vous, des amateurs. 

Et pour cet épisode, j’ai eu la chance de rencontrer Christine Caron, nageuse et vice-championne olympique du 100 mètres dos aux Jeux de Tokyo en 1964. Son surnom, c’est Kiki Caron, et elle est la toute première française à décrocher une médaille en natation. Et c’est aussi la première femme française porte-drapeau de l’histoire. C’est une pionnière. Elle nous raconte son parcours de vie, sa relation exceptionnelle avec son entraîneur, madame Suzanne Berlioux, sa découverte du monde grâce à la natation, sa popularité exceptionnelle auprès des Français et sa relation au statut d’amateur. 

Christine Caron
D’abord, c’est moi qui pose les questions. Non, je déconne. Non, mais sans déconner, ça m’intéresse de savoir pourquoi vous l’avez appelée *AMATEURS* ?

Écoutez, ça a été une longue réflexion. Pourquoi *AMATEURS* ? Je trouvais qu’il fallait un nom de projet. Et en fait, ce qui m’a plu dans *AMATEURS*, c’est que c’est un peu la racine du sport olympique. 

Ah bah ça l’est complètement, mais maintenant c’est professionnel et comme vous allez prendre des gens qui sont professionnels, vous en avez d’ailleurs peut-être déjà pris, je ne sais pas. Non. Non, vous avez pris que les amateurs ? 

Pour l’instant, oui. 

Parce que nous, nous étions amateurs, maintenant, ils sont pros. Vous voyez ? C’est pour ça que ça m’a troublée, vous voyez ? C’est pour ça que je voulais savoir… Je comprends, je comprends tout à fait. Mais si vous voulez vous parlez des… Je sais pas combien de noms, là… Bref, il y en a énormément. Et ce qu’il y a, c’est que, dans tout ceux que vous allez mettre, Il y a une confusion, ceux qui étaient amateurs et ceux qui ne l’étaient pas. Vous voyez ? 

Ouais, bien sûr. Mais en fait, c’est un nom qui m’a plu, du coup, parce que pour les sportifs, c’est les origines des Jeux. Même aujourd’hui, vous voyez aux Jeux de Rio de 2016, il y avait 50% des athlètes français qui sont partis et qui vivaient sous le seuil de pauvreté. 

Il y en aura toujours, parce que le sport, d’abord en France, même si on a des très bons champions, c’est pas ce que je dis, mais on était plus que largués, et puis si vous voulez, là on parle beaucoup, on fait ceci, on fait cela, parce que c’est les Jeux Olympiques, mais alors attendez que ça se termine. 

Du coup, moi, c’est ça qui m’intéresse dans amateurs. L’amateur, quelle que soit sa discipline, c’est celui qui aime. C’est celui qui aime pratiquer le sport, qui aime le regarder aussi, les spectateurs. Je trouvais que c’était ce qui nous rassemblait tous, en fait, comme mot. 

Oui, non, mais je comprends tout à fait. Maintenant que vous me l’expliquez, je comprends tout à fait. Il n’y a aucun problème. Mais si vous voulez, moi, quand je leur dis que j’étais amateur, on me disait « Ah bon ? Mais vous gagniez quand même de l’argent ? » Enfin bon, ça fait une confusion aux gens, parce que maintenant, on ne parle que de fric. Et nous en avons encore plein qui sont aux Jeux Olympiques, qui ne sont pas connus comme certains, qui feront des bons résultats et qui finiront on ne sait pas trop comment, vous voyez ce que je veux dire.

Bah tout à fait.

C’est malheureux. Mais je vais vous dire moi je m’en suis sortie par moi-même, par exemple après, parce que moi je suis issue d’une famille plus que modeste, j’étais en HLM et tout, bref, peu importe, très heureuse. J’avais des parents extra, la fratrie et tout, tout fonctionnait bien, il n’y avait pas de problème là-dessus, mais ce que je veux dire c’est que lorsque j’ai terminé, j’ai fonctionné avec mon nom. Tout d’un coup, tout s’ouvrait à moi parce que j’étais vachement connue. J’y suis allée pied dedans. Évidemment, parce que je suis comme ça aussi. Mais j’en connais plein qui sont allés aux Jeux olympiques, qui ont une médaille olympique, qu’elle soit bronze ou argent, on s’en fout. Et qui ont terminé pas terrible, voilà on va le dire comme ça. 

Vous en connaissez ? 

Oh bah oui j’en connais, même d’ailleurs il y a quelque  trucs des fois qui sont sortis de médaillés olympiques, alors plus jeunes que moi, et qui ont finit sans un sou.

C’est vrai ça, même aujourd’hui on entend beaucoup plus parler dans le sport de santé mentale. Est-ce que c’est quelque chose dont on entendait parler, vous ?

On avait pas besoin d’en parler je l’avais naturellement la santé mentale. Ahah non je déconne. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, il y a aussi cette médecine sportive qui est très à la pointe, puisqu’avec tout ce qu’ils font, ils leur foutent des électrodes partout pour voir si tout fonctionne bien. Vous voyez, nous il n’y avait pas tout ça. Nous, on était au début de la médecine sportive. Quand je dis au début, c’est au début. Quand on vous avait donné un aspro ou un guronsan, ça s’arrêtait là. Voilà, il n’y avait rien. Mais bon pour beaucoup, on faisait ça comme des vrais pros. Des entraînements idem deux fois par jour, plus l’école, plus tout, donc voilà. Je me présente, je m’appelle Christine Caron, je suis née le 10 juillet 1948, donc je vais avoir bientôt 76 ans, catastrophe naturelle mais que voulez-vous, personne n’y échappe. J’ai participé aux Jeux Olympiques de Tokyo en 1964 et de Mexico en 1968. Je faisais de la natation, j’ai eu le record du monde, d’Europe, de France, j’ai été championne d’Europe. Pas championne du monde parce que ça n’existait pas en natation, les championnats du monde, donc je suis recordwoman du monde, mais pas championne du monde parce que ça n’existait pas à notre époque. J’ai été championne des États-Unis, d’Australie, enfin sur tous les continents. Je vous le fais court, mais j’ai eu une carrière qui a duré en gros une dizaine d’années. Elles étaient plus courtes que maintenant parce que nous étions amateurs. Et donc, comme moi, à 20 ans, je tournais la page. J’avais beaucoup de sollicitations. Donc, je me suis tourné vers le business, vers la vie, vers d’autres choses. C’est dans mon tempérament. Moi, ça ne m’a pas gêné du tout. 

Ok. Toujours en piscine, jamais en eau libre, par exemple ? 

Ah non, bah ça n’existait pas à notre époque, l’eau libre, aux Jeux Olympiques, tout ça. Il y a beaucoup de disciplines, maintenant, même en natation, qui existent, alors que tout ça, dans les années 60, n’existait pas. 

Ouais, il y a eu beaucoup de nouvelles épreuves. 

De nouvelles épreuves, et par exemple, l’eau libre, c’était pas aux Jeux Olympiques. Moi, par exemple, la natation, synchronisée qui est aux Jeux Olympiques, c’est pas trop trop récent mais par contre ça n’existait pas dans les années 60, enfin où je pratiquais moi la natation. Et il y a beaucoup plus de courses puisqu’il n’y avait pas le 50 mètres, il n’y avait pas le… comment dire… J’avais aussi le record aux 200 mètres dos, mais il n’y avait pas de 200 mètres dos aux Jeux Olympiques, il n’y avait que le 100 mètres dos. Vous voyez, il y a plein de choses comme ça. Le relais mixte. Tout ça n’existait pas. 

Ok. D’ailleurs, c’était la première année des Jeux Paralympiques. 

Oui. Mais c’était pas en même temps que nous. Enfin, ça, je m’en souviens pas. Si vous voulez, regardez même là, cette année, ils sont après, les Jeux. Voyez ce que je veux dire. C’est la deuxième session des Jeux Olympiques. On souffle une semaine ou quinze jours, et hop, c’est parti pour les Jeux Paralympiques. Mais si vous voulez, à notre époque, on n’en parlait pas comme maintenant. Alors voilà, c’est ça. 

Donc vous, vous ne connaissez pas ou vous ne côtoyez pas les athlètes paralympiques à ce moment-là ?

Très sincèrement, non. Alors que j’en connais, maintenant, il y a A.S. qui était une nageuse, mais pas qu’eux, puisque de toute façon, j’étais allé… il y a trois ans, quand ils sont rentrés de Tokyo, j’étais au Trocadéro avec eux. Oui, oui, donc j’en ai rencontré. Voilà maintenant. Mais à notre époque, il y avait pas tout ça, il y avait pas tout ça. C’était l’âge de Pierre, très cher. Mais bon, il fallait faire différent pour essayer de sortir du lot, vous voyez ? Vraiment. Enfin nous, en natation, c’était ça. J’étais dans un immense club, où je suis toujours d’ailleurs, le Racing Club de France, donc voilà c’était vraiment ma famille quoi, ma famille sportive.

Avec votre entraîneuse ? 

Ah oui, j’arrive pas à dire entraîneuse. Avec mon entraîneur, absolument, c’était une des rares femmes entraîneurs enfin femme. Et c’était une personne qui avait, je dis c’était parce qu’elle est décédée, elle avait 50 ans de plus que moi. Et c’était un grand entraîneur. Elle était de renommée mondiale. c’était quelqu’un de très connue et reconnue dans le monde de la natation. Et puis bon, on formait un duo excellent. Une gamine avec cette femme qui entraînait. Mais pas que. Pour moi, ça a été beaucoup plus qu’un entraîneur, parce qu’on trottait le monde ensemble. Donc, si vous voulez, c’était un peu ma deuxième maman, elle m’éduquait. Enfin, je passais près de la moitié de l’année à l’étranger, quand même. 

Ok. Et cette relation, vous l’avez gardée à la fin de votre carrière ? 

C’était différent. Après, c’est comme quand vous avez un enfant et qu’il quitte le nid, comme on dit, parce que bon, voilà, il découvre la vie, ou il va se marier, ou il part à l’étranger pour son business, ou j’en sais rien. Vous comprenez ce que je veux dire. Mais par contre, elle a toujours compté pour moi. Mais lorsque j’ai arrêté de nager, j’ai tourné la page, je suis passée à autre chose. Mais bon, j’étais à son enterrement, je l’ai en photo chez moi, parce qu’on a vécu de grands moments. Si vous voulez, on formait un duo. Quand arrivait cette femme, parce qu’à l’époque, une femme qui avait 50 ans de plus qu’une môme de 16 ans, c’était déjà un âge, vous voyez ? Et en plus, elle était avec une jupe plissée, d’ailleurs elle mettait déjà des baskets, elle était vachement en avance. Au bord de la piscine, elle était en chemisier avec la croix par-dessus. Mais ce n’était pas qu’un entraîneur, parce que c’était une femme très érudite. Elle était de la famille Poincaré, C’était une femme très ouverte à tout et elle m’a appris énormément de choses. Il y avait des moments où je manquais l’école et elle me faisait faire mes devoirs. Elle m’expliquait les pays où nous allions puisqu’on a fait le tour du monde. On est allés sur tous les continents. C’était une vie très riche et c’est ça moi qui me plaisait. Parce que si vous voulez, le sport pour moi a toujours été un vecteur de quelque chose. Quand je suis rentrée au racing, j’avais 8 ans et demi, 9 ans, mais c’est marrant, j’ai toujours su ce que je voulais, moi. Je me suis dit, il va se passer un truc, là. Voilà. Et bien, ça s’est passé. 

C’est beau ce que vous dites. 

Écoutez, je n’en sais rien. Moi, je suis comme ça. Je vous parle voilà, comme je ressentais les choses. C’est vrai, ça a été… Je n’aurais pas pu que nager parce que ça m’apportait beaucoup d’autres choses intéressantes à côté. Je n’ai jamais pu me cloisonner que dans le sport, par exemple. Vous voyez ? J’ai fait de la peinture, j’ai fait de la danse, j’ai fait du piano, j’ai fait plein de choses. Alors ça, on ne le racontait pas à tout le monde, mais voilà. Puis bon, j’ai fait beaucoup de relations publiques, et puis pendant 30 ans, il y a eu les piscines au niveau européen, un business, donc ça a été mon gros business, avec une équipe où je fonctionnais, alors pas de la même façon qu’avec Mme Berlioux, parce que moi, j’étais plus âgée après, mais si vous voulez, j’ai toujours bien senti les gens à qui on pouvait apporter quelque chose, mais qui m’apportaient aussi quelque chose, vous voyez, et je sens bien les choses.

Vous arrivez à trouver des relations gagnant-gagnant ? 

Oui, parce que si vous voulez, on ne fait pas… Enfin, entre guillemets, le mot est mal choisi, surtout en ce moment, mais on ne peut pas faire la guerre tout seul. Donc, pour en revenir au sport, avec Mme Berlioux, que je vouvoyais, enfin j’avais vraiment du respect, parce qu’elle nous apprenait aussi le respect et tout. C’est une autre éducation peut-être, quoique il y a des gens qui sont respectueux maintenant, mais c’est très différent. On n’avait pas tous les réseaux, on n’avait pas tout ça. Donc c’était mon livre de géographie, mon livre ouvert sur le monde cettte femme, parce qu’elle était très érudie, très élevée. Enfin, vous voyez, ce n’était pas que l’entraîneur, c’était beaucoup d’autres choses. Et pour moi, c’est cette richesse qui m’intéressait, qui me plaisait et qui me faisait avancer aussi. 

C’était un peu une entraîneur, une mentor, une enseignante, une maman, énormément de casquettes. 

Ça avait fonctionné avec mes parents, donc mes parents avaient confiance parce que je suis issue d’une fratrie où nous étions quatre, à la maison, et moi j’étais l’avant-dernière. Et si vous voulez, il y a quand même une confiance pour des parents, parce que la majorité était à 21 ans à l’époque. Donc c’était très différent. Ça a fonctionné avec mes parents. Enfin, ils se débrouillaient entre adultes, vous voyez. Mais bon, j’avais ce petit noyau qui me protégeait parce que ça a été une gloire immense quand même, je pouvais pas sortir dans la rue tellement j’étais connue. Je recevais des sacs postaux tous les jours de courrier quand même, du monde entier. J’en reçois encore. C’est fou furieux cette histoire. Donc si vous voulez, tu vrilles vite quand on est jeune. On peut se dire, mais merde, c’est comme ça la vie, mais c’est super, il y a le tapis rouge partout. Et donc voilà, il fallait avoir, j’étais, bon ben ça c’est une chance aussi, mais entre ma famille, mes parents, parce que moi à la maison j’étais comme tout le monde, bon j’y étais pas tout le temps pour vous dire. Mais bon, voilà, c’était comme tout le monde. Et comment ? S’il fallait me remettre à ma place, il fallait que je me remette à ma place. C’était pas, on va rien lui dire, parce que ceci, non, c’était pas ça du tout. Et c’est ça qui est bien. Et Mme Berlioux était pareille. J’avais un noyau, ce Racing Club de France, qui est un immense club. Je suis membre à vie du club, donc c’est comme ça. C’est de la chance, mais si vous voulez la chance, dans la vie, quand elle passe, il faut savoir la sentir et la saisir. J’étais peut-être jeune, mais moi je sentais bien le truc, je peux vous le dire. 

Ça se provoque, je pense que dès qu’on va dans l’eau pour la première fois avec toutes les autres, c’est déjà qu’on la provoque. 

Oui, parce que ce n’est pas l’élément de prédilection d’être dans l’eau, mais moi, je suis très aquatique et je ne suis pas trop terrestre. Alors bon, je sais marcher et tout, mais enfin, je suis… Bon, coup de pot, je suis tombée sur le bon sport. Mais c’est un coup de pot, les choses se sont faites comme ça parce que c’est pas moi qui les ai demandées, c’est ma sœur aînée qui voulait nager. Bon, elle avait fait du basket, ils avaient fait plein de trucs, donc je suis allée par hasard si vous voulez, puis j’ai été détectée comme ça, c’est-à-dire que Madame Berlioux a dit « je prends la grande », qui était déjà une nageuse au niveau français puisqu’elle avait des records de France, etc. Bref. Et elle a dit « je veux la petite aussi ». Alors moi je batifolais dans l’eau, c’était n’importe quoi. Elle avait repéré que j’étais hyper aquatique. Voilà, c’est tout. Et ça a fonctionné, et banco, quoi. 

Une belle aventure, en tout cas, que vous avez vécu.

Ah ouais, c’est génial. C’est une belle aventure et ça a été pour moi un tremplin de vie parce que, vu le tempérament, le caractère que j’ai, si vous voulez, je suis quelqu’un de très indépendant et je l’ai toujours été, même quand j’étais enfant. Qu’est-ce que vous voulez ? Moi, il me fallait le monde et puis c’est tout. Donc, comme on a voyagé dans le monde entier, j’ai été piquée toute jeune à ça, puisque la première fois, par exemple, que je suis allée au Japon, c’était en 63. Elles étaient toutes en kimono, les gonzesses. Elles nageaient en kimono ? Non, mais par contre, elles étaient en kimono. Quand on était dans Tokyo, les femmes étaient… Il y en avait quelques-unes à l’européenne, mais les femmes étaient en kimono. Non, elles ne nageaient pas en kimono, elles nageaient en maillot de bain très cher ahah. Ahah mais vous avez des questions excellentes ! Elles nageaient en kimono ! Vous me faites rire ! Elles étaient à Ginza, c’est l’équivalent des Champs-Élysées. Les femmes étaient en kimono, c’était magnifique ! Ça s’ouvrait l’Asie à cette époque-là. 

C’était une des interrogations que j’avais, c’était comment ces Jeux de Tokyo ? 

Donc c’était les premiers jeux asiatiques. L’Asie s’ouvrait et le Japon, comment dirais-je, c’était fantastique, c’était grandiose. Surtout quand vous arriviez de France où nous, la natation, c’était un petit peu confidentiel. Voilà, le bon mot. C’est vrai. Et là, sans mettre les quelques champions que nous avons eus à cette époque-là et même avant, mais ce que je veux dire, c’est que là, c’était… Enfin, ça faisait comme maintenant, il y avait un grand village olympique. Les femmes étaient à part, mais si vous voulez, il y avait juste des barrières à passer et hop, on pouvait rentrer dans notre village. Les garçons n’avaient pas le droit de rentrer c’était séparé quand même à l’époque. Mais si vous voulez, nous on passait donc les barrières et tout. Et de toute façon, toutes les restaurations du monde entier et tout étaient dans le village. le village homme, mais pas que homme, où il y avait tout, la restauration, les endroits où il y avait les kinés, les machins, les trucs, enfin c’était immense, c’était immense, je suis même pas allée partout, mais par contre c’était pas mixte si vous voulez, c’était mixte quand on pénétrait après dedans, bon ben là oui, parce que moi j’avais plein de potes étrangers, puis en plus ça me faisait parler l’anglais, c’était très bien. Après, il y avait comme une boîte de nuit, bah oui, puisque j’ai plein de trucs où je danse, on est tous en survet, on danse. J’avais fini mon sport là, j’avais fini mes compétitions. C’était hyper vivant, et puis il y avait toutes les restaurations, il y avait les restaurants français, les restaurants de tout, il y a des chefs de France qui sont arrivés, c’était pas un truc qui mourrait. Vous voyez, là maintenant, c’est encore peut-être plus énorme, mais nous c’était déjà énorme, énorme. C’était comme ça. Donc c’est un émerveillement, la première fois, ces premiers Jeux olympiques. Et puis il y avait le défilé dans le stade olympique avec des milliers de personnes, c’était pas un truc confidentiel entre… Vous voyez ? Alors par contre, il n’y avait pas encore les communications comme il y avait maintenant. C’est-à-dire qu’il y a des images, alors maintenant ils essayent de les coloriser, machin et tout, mais c’était pris un peu de loin, vous voyez, parce que c’était pas comme maintenant. Puis il n’y avait pas les communications qu’il y a maintenant. Moi, la retransmission en vrai direct, ça a été à la radio parce qu’il fallait tourner des manivelles, fallait attendre trois heures pour avoir la France. C’est très différent de maintenant. 

À la radio, on n’avait pas en direct les résultats ? 

À la radio, oui. 

Ah oui.

Parce que si vous voulez pour avoir les communications, ça se fait pas comme maintenant. Par contre, il y avait des milliers de journalistes du monde entier, enfin, il y avait tout ça. Après, on allait de pays en pays, de journalistes de pays, enfin, vous voyez, donc, pour être interviewés, pour tout ça. Mais si vous voulez, ils enregistraient, ça repassait en fonction des fuseaux horaires, des machins et tout. Donc, c’était une vraie… C’était de grandes aventures aussi. C’était cadré, mais avec l’époque, c’est-à-dire avec moins de moyens de retransmission que maintenant. Mais par contre, j’ai plein de photos de ces époques. Il y avait les journalistes français, mais pas que. Mais bon, moi, je n’avais pas de manager. En fait, avec Mme Berlioux, elle, c’était le… Voilà, elle savait faire “Non, stop là avec Christine” parce que sinon il y avait des photographes du monde entier, il y avait quand même des appareils photo si vous voulez. Donc il y avait plein de photos et de pays différents. On était toujours, moi j’avais une horde de journalistes du monde entier derrière, parce que la France, je parle de l’époque, je vous parle donc de ces années 60, la France était plus reconnue que maintenant, je ne sais pas comment dire. Vous voyez, le général de Gaulle, moi c’est le général de Gaulle que j’ai rencontré, le premier président de la République. Donc c’était les 30 glorieuses, il faut se remettre dans le contexte. Certes vous êtes très jeune, mais enfin vous avez peut-être une petite idée de la guerre, de l’après-guerre, enfin, de deux trois choses comme ça, quand même. Donc, voilà, moi, mes parents, ils ont connu l’exode, ils ont connu… Ils sont français, mais il y a eu l’exode. Mon père a fait l’Indochine en tant que marin, enfin, vous voyez. Et donc, c’était les 30 glorieuses, c’est-à-dire ce qu’on appelle les 30 belles années, enfin, de reconstruction après la guerre. C’était vraiment ça. Alors, même si, moi, j’étais gamine, tout s’ouvrait. Enfin, j’essaye de vous resituer pourquoi je fonctionne comme je fonctionne. 

C’est hyper intéressant. 

Ça n’a rien à voir avec maintenant. Non, mais très franchement, en dehors, j’aimerais bien avoir quelques années de moins, mais bon, c’est comme ça, on s’en fout. Il paraît que je tiens encore à peu près la route, alors tant mieux. Donc voilà. Mais ce que je veux dire, c’est que c’était passionnant. Et je trouve que pour ça, je préfère avoir vécu mon époque, même si nous n’étions pas payés, enfin professionnels. M’enfin moi, je fonctionnais comme les professionnels de l’époque, si je puis dire, vous voyez. De toute façon on était radiés des Jeux Olympiques si on touchait de l’argent, alors comme ça c’était réglé. Ah ouais, c’était le truc Coubertin à fond les ballons là. L’important c’était de participer et, bon, Coubertin il a quand même dit que les femmes étaient bien à la maison, à la cuisine, voilà. Alors moi je lui ai prouvé qu’on n’était pas bien qu’à la cuisine et c’est tout. 

Parce qu’en plus, vous l’avez prouvé, vous avez été la première Française porte-drapeau. 

Et la première femme du sport moderne. 

Et la première femme du sport moderne ? 

Au monde. Le sport moderne, il a commencé en 60, à Rome, aux Jeux Olympiques de Rome, parce qu’il a commencé à y avoir un peu de communication. Certes, ce n’était pas des directs, mais il y a eu la télé, avec la télé qui est arrivée, qui a commencé à rentrer timidement dans les foyers, etc. Vous voyez ? Mais je ne parle même pas que de la France. Donc, le début des sports modernes, c’est 60, Rome. Moi, j’ai fait 64 et 68. D’ailleurs, je pouvais faire 60 parce que j’avais déjà les minima pour pouvoir, mais ils ne prenaient pas de mineurs parce que j’avais que 12 ans. 

Ah oui. Donc à 12 ans, vous étiez déjà dans les meilleures du monde, au moins pour être qualifié.

J’avais fait les minima, mais à l’époque, ils prenaient pas de mineurs, enfin d’enfants si jeunes, si vous voulez. Donc voilà quoi. J’ai battu le record du monde, j’avais 15 ans. Et donc à Tokyo, je venais d’avoir mes 16 ans là. 

Il y a quelque chose qui m’avait étonné, c’est que dans tous les articles de presse que j’ai un peu lus avant forcément de vous appeler, on parle beaucoup du fait que vous avez été la première femme à porter le drapeau. Et j’ai très peu vu que vous étiez la première médaille en natation féminine. 

Oui. Il y a eu une ou deux médailles, mais dans les années… Alors, pas dans le sport moderne, si vous voulez. Moi, du début du sport moderne, donc de ces années 60, j’ai… Ah oui, je suis la première à avoir eu une médaille, mais il a fallu attendre, je sais pas, 20 ans au moins pour qu’il y ait une autre médaille. Enfin, je n’en sais rien. Alors là, je ne peux pas vous dire, parce que moi, vous savez, quand j’ai lâché l’affaire, je suis passée à autre chose. Donc je suis un peu nulle sur les noms. Enfin, il y en a que je connais comme ça. 

Moi, sur la liste, j’ai Catherine Poirot, je crois. Médaille de bronze au 100 mètres en 1984.

Ouh là là ! Elle nageait en brasse ou un truc en crawl? Brasse, je pense. Oui, bah oui, mais moi, je nageais plus à l’époque. Vous savez, ma vie, c’est un livre. Donc il y a des pages qu’on écrit. Pouf ! Moi, je tourne la page et je passe à autre chose. 

Je vous remercie pour votre écoute et j’espère que cette rencontre avec Christine Caron et la natation vous a plu. J’ai personnellement beaucoup aimé sa façon de nous partager tout le contexte autour de ces Jeux d’un autre temps et sur comment le monde s’ouvrait à cette époque. J’ai été touché par sa spontanéité et la curiosité qui l’ont suivi toute sa carrière. Je suis aussi impressionné par la route qu’elle a participé à ouvrir pour toutes les femmes et pour leur place dans le sport et dans la société. Enfin, j’ai été attendri par cette relation toute particulière avec son entraîneur, sa seconde maman, son enseignante, qui lui apprenait les grandes choses de la vie. Vous pouvez découvrir d’autres histoires de médaillés olympiques sur ce podcast et sur les réseaux sociaux amateurs. Si vous avez aimé cet épisode et si vous voulez soutenir le projet artistique *AMATEURS*, n’hésitez pas à vous abonner, à partager ce podcast à vos proches et aux amoureux du sport, à laisser un commentaire et à mettre 5 étoiles sur les plateformes d’écoute. Je vous remercie pour ce moment partagé, pour votre temps, et à bientôt.